La promesse de Microsoft : Excel Canvas doit permettre à Copilot de transformer automatiquement les données d’un classeur en une vue visuelle interactive composée de graphiques, d’indicateurs clés et d’analyses. L’objectif est simple : ne plus obliger l’utilisateur à parcourir des centaines de lignes ou à construire manuellement un tableau de bord pour comprendre ce qui se passe dans ses données.
Mais Excel Canvas arrive aussi dans un contexte particulier. Microsoft expérimente depuis plusieurs années différentes façons d’introduire l’intelligence artificielle dans Excel. Certaines ont été conservées, d’autres profondément transformées et une fonction pourtant très prometteuse, =COPILOT(), va même être abandonnée en septembre 2026.
Excel Canvas pourrait donc surtout illustrer un changement de stratégie : plutôt que de mettre l’IA dans chaque cellule, Microsoft veut désormais lui permettre de comprendre et de manipuler le classeur dans son ensemble.
Qu’est-ce qu’Excel Canvas ?
Excel Canvas apparaît dans la feuille de route officielle Microsoft 365 sous l’identifiant 569424. Microsoft présente sa feuille de route comme un aperçu des fonctionnalités professionnelles en préparation avec des dates de disponibilité estimatives qui restent susceptibles d’être modifiées.
D’après les informations publiées autour de cette nouvelle fonctionnalité par Microsoft, Excel Canvas doit utiliser les informations déjà présentes dans un classeur pour créer automatiquement une surface visuelle interactive.
Elle pourrait notamment réunir : des graphiques, des indicateurs et métriques importantes, des tendances détectées dans les données, des éléments de synthèse et différents insights générés par Copilot.
L’intérêt est de passer beaucoup plus rapidement d’un fichier Excel rempli de données à une représentation immédiatement compréhensible.
Le lancement d’Excel Canvas est actuellement annoncé pour septembre 2026 sur Excel pour Windows et sur le Web, même si une date figurant dans la roadmap Microsoft ne constitue pas une garantie de déploiement immédiat pour l’ensemble des utilisateurs.
Un tableau de bord Excel créé simplement en discutant avec Copilot
Le principal changement apporté par Excel Canvas concerne probablement la manière de créer une visualisation.
Aujourd’hui, transformer un fichier Excel en véritable tableau de bord demande généralement de sélectionner les bonnes données, créer plusieurs graphiques, choisir les indicateurs pertinents puis organiser l’ensemble pour obtenir une présentation exploitable.
Avec Excel Canvas, une partie importante de ce travail pourrait être confiée à Copilot.
L’utilisateur pourrait par exemple demander :
« Crée-moi une vue des ventes du trimestre avec l’évolution du chiffre d’affaires, les produits qui progressent le plus et les régions en baisse. »
Copilot analyserait alors les données du classeur avant de construire la représentation correspondante.
Le Canvas devrait également évoluer lorsque les données du classeur changent et pouvoir être retravaillé en dialoguant avec Copilot. L’idée n’est donc pas simplement de générer une image ou un graphique ponctuel mais de disposer d’une véritable couche de visualisation liée aux données Excel.
Pour un responsable commercial, un dirigeant de PME, un contrôleur de gestion ou un chef de projet, cela pourrait considérablement réduire le temps nécessaire pour transformer des données brutes en informations exploitables.
Excel Canvas s’inscrit dans la nouvelle stratégie « agentique » de Microsoft
Excel Canvas n’arrive pas seul.
Microsoft fait progressivement évoluer Copilot d’un assistant capable de répondre à des questions vers un système pouvant agir directement à l’intérieur d’Excel.
L’entreprise reconnaît d’ailleurs elle-même les limites des premières générations de Copilot.
En avril 2026, Microsoft expliquait que les premiers modèles utilisés par Copilot n’étaient pas suffisamment performants pour commander correctement les applications Office. Copilot restait principalement un assistant passif et pouvait manquer son objectif lorsqu’on lui demandait d’agir directement sur un document.
Les progrès réalisés sur les modèles permettent désormais, toujours selon Microsoft (dans sa roadmap de septembre 2026), d’exécuter plus fiablement des opérations complexes en plusieurs étapes.
Dans Excel, Copilot peut ainsi progressivement construire ou modifier des tableaux, utiliser des formules, créer des visualisations et travailler directement sur le classeur.
Microsoft indiquait en avril 2026 que les usages de cette nouvelle approche agentique dans Excel avaient entraîné une augmentation de 67 % de l’engagement, de 50 % de la rétention des nouveaux utilisateurs et de 65 % du taux de satisfaction dans ses données d’utilisation.
Excel Canvas semble donc être une suite logique de cette évolution.
Pourtant, Microsoft avait essayé de mettre directement l’IA dans les cellules Excel
Ce n’est effectivement pas la première tentative de Microsoft pour intégrer de l’intelligence artificielle générative au cœur d’Excel.
En 2023, l’entreprise présentait dans son projet expérimental Excel Labs une fonction baptisée :
LABS.GENERATIVEAI()
Elle permettait d’envoyer depuis une cellule Excel une instruction à un modèle d’intelligence artificielle générative puis de récupérer directement sa réponse dans la feuille de calcul.
Microsoft avertissait toutefois qu’Excel Labs constituait un environnement expérimental et que certaines idées testées à cet endroit pourraient ne jamais être intégrées définitivement à Excel.
L’idée a pourtant continué son chemin.
La fonction =COPILOT() devait amener l’IA directement dans les formules
En août 2025, Microsoft annonçait officiellement une nouvelle fonction beaucoup plus ambitieuse :
=COPILOT()
Son principe était particulièrement séduisant.
Il devenait possible d’intégrer un prompt directement dans une formule Excel et de lui fournir une plage de cellules.
Par exemple, une formule pouvait demander à Copilot de résumer des commentaires clients, classer automatiquement des informations ou produire du texte à partir du contenu d’un tableau.
Microsoft présentait alors cette nouveauté comme un moyen d’apporter directement la puissance des grands modèles de langage dans la grille Excel.
Mais cette approche n’ira finalement pas jusqu’à une généralisation.
Microsoft abandonne =COPILOT() en septembre 2026
La documentation officielle de Microsoft contient désormais un avertissement très clair : à compter du 14 septembre 2026, la fonction COPILOT ne sera plus disponible.
Microsoft recommande à la place d’utiliser Copilot dans Excel, qui peut réaliser une grande partie des mêmes tâches basées sur l’intelligence artificielle.
La fonction =COPILOT() sera donc supprimée alors qu’elle était encore réservée notamment aux programmes Frontier et Microsoft 365 Insider.
Peut-on parler d’un échec ?
Microsoft n’utilise pas ce terme et il serait excessif d’affirmer officiellement que la fonction a « raté » mais il est incontestable que Microsoft a expérimenté une intégration directe de l’IA générative dans les formules Excel avant de décider de ne pas la généraliser sous cette forme. Ce revirement est alors particulièrement intéressant au moment où apparaît Excel Canvas.
Pourquoi mettre une IA générative dans une cellule pose problème
Sur le papier, transformer un modèle d’IA en fonction Excel paraît extrêmement puissant. En pratique, cela crée une contradiction avec l’une des caractéristiques fondamentales d’un tableur. Une formule Excel classique doit produire un résultat déterministe : avec les mêmes données et la même formule, on attend le même résultat.
Un modèle de langage fonctionne différemment. Sa réponse peut varier, être approximative ou contenir une erreur. Microsoft avertissait d’ailleurs que la fonction COPILOT ne devait pas être utilisée pour des calculs nécessitant une grande exactitude ou une parfaite reproductibilité. Elle comportait également différentes limitations techniques et de volume.
Pour générer une description, catégoriser des commentaires ou résumer du texte, ce fonctionnement reste acceptable. Il devient beaucoup plus délicat lorsqu’une entreprise doit pouvoir expliquer et reproduire précisément ses calculs financiers.
Excel Canvas propose une approche très différente
C’est là qu’Excel Canvas devient particulièrement intéressant car Microsoft semble progressivement séparer deux fonctions.
Excel continue d’effectuer les calculs et de stocker les données, tandis que Copilot devient la couche intelligente capable de comprendre le fichier, d’organiser les informations et de construire une représentation adaptée à la demande de l’utilisateur.
Autrement dit, on pourrait résumer l’évolution ainsi :
2023 : LABS.GENERATIVEAI() expérimente l’IA dans les cellules.
2025 : =COPILOT() tente de transformer cette idée en véritable fonction Excel.
2026 : Microsoft décide d’abandonner =COPILOT() et privilégie de plus en plus Copilot comme agent capable d’agir sur l’ensemble du classeur.
Septembre 2026 : Excel Canvas doit pousser encore plus loin cette logique en transformant les données du classeur en une interface visuelle générée par l’IA.
Microsoft n’a toutefois pas déclaré officiellement qu’Excel Canvas constituait le remplaçant de =COPILOT(). Les deux fonctionnalités répondent également à des besoins différents. La proximité des deux événements montre néanmoins très clairement l’évolution générale du produit.
Vers un Excel où l’on demande le résultat plutôt que de construire l’outil ?
Excel Canvas pourrait finalement changer davantage la manière d’utiliser Excel que la manière dont les calculs sont réalisés.
Jusqu’à présent, un utilisateur devait généralement savoir comment construire son analyse : choisir ses formules, créer ses tableaux croisés dynamiques, sélectionner ses graphiques puis organiser son tableau de bord.
Avec l’approche agentique de Copilot, il peut de plus en plus commencer par expliquer ce qu’il souhaite obtenir.
Microsoft indique désormais que Copilot dans Excel peut explorer les données, construire et expliquer des analyses et apporter directement des modifications au classeur, des formules jusqu’aux tableaux et visualisations.
Excel Canvas pourrait constituer l’interface idéale pour cette nouvelle manière de travailler.
Le tableur ne disparaît évidemment pas : les données, cellules et formules restent au cœur d’Excel. Mais elles pourraient progressivement devenir moins visibles pour les utilisateurs qui souhaitent essentiellement obtenir une analyse, identifier une tendance ou prendre une décision.
Excel Canvas pourrait devenir l’une des fonctionnalités IA les plus utiles d’Excel
Depuis l’apparition de ChatGPT, les éditeurs ont multiplié les fonctions consistant essentiellement à ajouter une fenêtre de conversation à leurs logiciels.
Excel Canvas semble aller plus loin.
Au lieu de demander simplement à une IA de commenter des données, Microsoft veut lui permettre de transformer automatiquement ces données en un support visuel directement exploitable.
Et l’abandon de la fonction =COPILOT() montre également que Microsoft est capable de revenir sur une approche lorsque l’intégration de l’intelligence artificielle n’est pas adaptée au fonctionnement historique d’Excel.
La prochaine étape semble donc beaucoup plus ambitieuse : garder la fiabilité et la puissance de calcul d’Excel tout en laissant Copilot s’occuper davantage de l’analyse, de la construction et de la présentation.
Pour conclure
Si Microsoft réussit ce changement, Excel Canvas pourrait être bien plus qu’un générateur automatique de graphiques : il pourrait devenir l’interface entre les données brutes d’un classeur et la décision finale de l’utilisateur.
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